Je vous propose quelques impressions de mes voyages et visites, illustrées par mes photographies. Avec pour toile de fond : l'Histoire.
13 Décembre 2015
L'identité
La réforme territoriale qui conduit à la fusion des régions a soulevé la question de l'identité régionale. J'ai un ami qui n'est pas originaire de l'Auvergne, et donc encore moins du Cantal, qui s'insurge contre cette fusion des régions et particulièrement de l'Auvergne avec Rhône-Alpes. Cet ami est passionné par le Cantal et la vache Salers dont le bassin originel se situe autour de Salers, le plus beau village de France. Cet ami voit dans cette fusion un effacement de l'identité régionale et par voie de conséquence de celle du Cantal.
Un autre ami, Daniel Brugès, ethnographe, illustrateur, auteur majeur de notre Cantal, élevé au lait de vache Aubrac voit dans cette fusion une occasion pour mettre en valeur notre identité culturelle dans la mesure où l'Auvergne pourra s'inspirer de la dynamique de certains départements de la région Rhône-Alpes il pense notamment aux valorisations des productions agricoles pratiquées par les Savoie. Daniel Brugès regarde cette fusion comme créatrice de nouvelles dynamiques et il est donc optimiste tout en étant lucide, souhaitant en conclusion que les futurs élus n'oublient pas le sud du Cantal coupé du reste de la « grande Région » par le volcan cantalien.
Moi-même j'ai pris du recul par rapport à ce projet. A l'annonce ce qui m'a troublé ce sont les jeux politiciens de nos grands élus régionaux. Balançant eux-mêmes entre opposition et scepticisme. Les positions se sont clarifiées dès lors que les uns et les autres ont été rassurés sur leur avenir. Je pense notamment à M. Souchon , président de la région Auvergne, sceptique au début voire même opposé au projet il en est devenu un partisan ardent après sa rencontre avec Jean-Jacques Queyranne, président alors de la région Rhône-Alpes. On appelle cela la métamorphose de contact. Nous sommes arrivés à la campagne en vue des élections, campagne troublée par les attaques terroristes qui ont frappé Paris et l'état d'urgence qui a suivi. Les « grands leaders », je mets des guillemets, car j'ai autant sinon plus d'estime pour les autres listes, Jean-Jacques Queyranne (PS) et Laurent Wauquiez (LR) se sont heurtés de plein front surtout à partir du 13 novembre. Le dernier prenant l'ascendant en instrumentalisant les attaques terroristes. Dès lors on a pu assister à une surenchère au fil des discours qui n'a guère sa place dans une campagne à caractère régional, le sommet ayant été atteint quand M. Wauquiez a préconisé l'instauration de centres de rétention pour y placer les titulaires de fiches « S ». En gros des fabriques à terroristes. Le rapport avec l'idnetité régionale ?
Ce soir nous saurons quelle tendance aura eu les faveurs de l'électorat, en fin de celui qui aura accepté de faire l'effort de se déplacer dans les bureaux de vote ! Je reviens vers l'identité et les questions que je me pose autour de ce concept. J'ai tendance à m'aligner sur le discours de Daniel Brugès tout en émettant une réserve : Daniel Brugès y voit une permanence, une constante, moi-même j'y décèle une décadence, au moins un risque. Je me comprends et je pose cette question : qu'avons-nous fait et que faisons-nous de notre identité ? Quelle part occupe notre identité dans notre existence . Je ne nie pas les efforts des uns et des autres dans différents domaines : agricole, culturel (littérature, folklore, arts). Je dois en oublier, ce que je vise dans mon propos c'est le sentiment d'attachement à cette culture, à cette patrie auvergnate dont les phares sont en premier lieu notre sol, notre géographie, notre langue nationale (par ailleurs assassinée au quotidien …), ne parlons pas de l'occitan. J'imagine que nos fondations volcaniques doivent nous inciter au dynamisme et non pas au relativisme, source, à mon sens, de médiocrité voire de décadence.
Je prends juste un exemple dans le domaine de la restauration rapide qu'on retrouve dans nos fêtes de villages. On y découvre les merguez, les kebabs, les frites, les nuggets, les hamburgers. Il est très difficile de trouver des plats régionaux, de base. Alors que notre cuisine régionale nous offre de nombreuses possibilités. Que faisons-nous de notre identité ? Elle a été à mon sens attaquée bien avant que l'idée de réforme territoriale ne soit envisagée. A contrario la fusion Auvergne-Rhône-Alpes ets un vecteur de renforcement. Les contacts avec Rhône-Alpes seront une source d'échanges et de dynamiques. Nous sommes différents sans doute mais nous puisons nos forces dans des reliefs souvent hostiles. Le premier je taquine mes amis savoyards, lyonnais, dauphinois mais si je le fais c'est que je leur reconnais des qualités. Ayant vécu à l'étranger et m'y rendant fréquemment je peux dire que ces contacts renforcent le sentiment d'appartenance à une communauté nationale, à une patrie. Et nous avons apprendre des autres tout en ne reniant pas nos propres valeurs. C'est le sens du propos de Daniel Brugès que je reprends à mon compte.
Des régions en France et ailleurs en Europe ont une très forte identité au point même que certains parlent de culture. Je pense à la Bretagne, au pays Basque, à la Corse, à l'Alsace. En Autriche je pense au Tyroloù l'identité s'exprime visiblement et dans la vie quotidienne, « de tous les jours ». retenons ces exemples car ils passent par la pratique d'une langue.
La grande région Rhône -Alpes-Auvergne sera ce que nous en ferons nous-mêmes et en premier lieu nos élus. Si la population reste retranchée dans le pessimisme les élus oeuvreront à leur guise. N'oublions jamais quelques exemples retenus par l'histoire comme cette sympathique commune du sud du Cantal qui pour avoir eu peur du train de n'est jamais développée. Au premier janvier 2016 elle disparaîtra en tant qu'entité administrative tout en portant toujours son nom composé de quatre lettres.