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Les promenades de Bergisel

Je vous propose quelques impressions de mes voyages et visites, illustrées par mes photographies. Avec pour toile de fond : l'Histoire.

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Arrogance intellectuelle

Il sera dit qu'en France il faut être confronté à l'arrogance des intellectuels autoproclamés. Vous l'aurez remarqué même les plus hautes institutions de l'état, je pense à notre diplomatie en particulier,   sont phagocytées par des genqui se glissent partout. Vous fermez la porte ils entrent par la fenêtre. Ils ont une telle haute opinion d'eux-même qu'ils ne comprendraient même pas qu'il en soit autrement. "Voyons cher ami ! ..." C'est le cas de BHL... c'est le cas de celui qui est l'objet de ce billet. Comme on dit "dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es ?". C'est bien le cas de Régis Jauffret qui a commis Claustria. J'ai lu ce livre parce que je porte de l'intérêt aux sujets qui tournent autour du Danube. On peut s'interroger sur le fonctionnement mental du "père" Fitzl ... Séquestrer sa fille Elizabeth dans son pavillon d'Amstetten, la violer pendant des années, lui "faire" sept enfants et non pas quatre. Cela dépasse le sens commun au premier degré. Et pourtant ! C'est là qu'il faut se rendre compte que de tels comportements dépassent nos propres critères moraux. Notre échelle des valeurs est remise en cause. On serait tenté de classer ces méfaits, ce cas Fritzl, au rang des faits divers. Ce qu'il est et ce qu'il n'est pas. Des cas Fritzl ont préexisté, la seule Autriche a dû en connaître qui sont demeurés non-révélés, en France aussi. Il suffit de s'intéresser à la vie dans nos campagnes pour se rendre compte qu'ici et là il y a eu d'étranges pratiques. Je pense modestement que nous ne sommes pas à l'abri d'un cas Fitzl. Gardons-nous de tout jugement excessif et dans un sens et dans l'autre. Les méchants n'ont pas vocation à être autrichiens et les gentils à être français. 

 

Le grand défaut de Régis Jauffret, à travers ce livre, est de se révéler comme un faiseur. Le dénigrement lui sert de faire-valoir. En fait son objectif ce n'est pas de rendre compte de la dignité de la fille de Joseph Fritzl à l'issue de cette épreuve. Il a plus qu'un parti pris, il va au-delà de la subjectivité. En fait il nous parle d'autre chose, il nous parle surtout de lui et de ses fantasmes.  Comme il est dit "sa réflexion tient lieu d'enquête". C'est exact. D'ailleurs Claustria est un roman et rien d'autre et il faut s'en tenir là. Il est légitime que l'auteur fasse ce choix au lieu d'en faire un livre d'investigations et l'intituler "Claustria - Enquête sur ...." C'est là que le bât blesse : Régis Jauffret sort de son rôle dès lors qu'il porte des appréciations sur le paysage. Il interprète le réel et dérive vers un jugement s'appuyant sur des données fausses. On le constate à travers le dénombrement des enfants, à travers sa visite des lieux de la séquestration. Enfin l'arrogance atteint son apogée  lorsqu'il  nomme Adolf Hitler et qu'il assène :   "il est vrai qu'ils n'ont pas de chance avec leurs célébrités, dans ce pays" ! Là le talent de Régis Jauffret est au plus haut, il aura même du mal à dégonfler tant il nous gonfle nous-mêmes !

 

Les célébrités autrichiennes selon Régis Jauffret sont : Hitler, extraordinairement mauvais et Joseph Fritzl, ordinairement mauvais. Voilà à quoi se résume l'inventaire des célébrités autrichiennes. Pour quelqu'un qui a séjourné plusieurs mois en Autriche pour les besoins de l'écriture de son roman c'est une vision étroite et restrictive du pays. C'est oublier la famille Mozart, Musil, la famille Strauss, Haydn sans compter les philosophes, les savants qui peuplent les galeries. C'est à ce stade qu'on se rend compte de la méthode suivie par Jauffret. N'ayant rien à dire à propos d'Elizabeth Fritzl et de ses enfants, il nous fait part de son exaspération personnelle traduite avec arrogance. Car cet aveuglement c'est pour tout dire cela !

 

L'Autriche a connu au cours de l'été 2011 un cas relativement similaire à Braunau, à l'ouest d'Amstetten. Deux soeurs déficientes mentales se sont révoltées contre leur geolier, leur père âgé de 80 ans ... leur mère étant décédée en 2008 (au moment où l'affaire Fritzl était révélée).

 

Le cas de Natacha Kampusch n'est pas comparable dans la mesure où cette jeune fille avait été sequestrée par son ravisseur. Il est comparable seulement dans la mesure où il révèle la perversion de la possession de l'autre.

 

D'autres pays, et la France notamment, ont leur lot de criminels, de gens odinairement dévoyés. L'actualité nous le rappelle souvent avec force. D'ailleurs nos réactions collectives sont en fait dues au reflet que le miroir rejette sur nous. D'où cette colère "sociale" qu'on entend lors de la révélation de tels faits. L'impossible devient possible !

 

Régis Jauffret appartient sans nul doute à cette lignée d'intellectuels français dont l'égoïsme se traduit par l'arrogance considérée comme mode de vie. Sous leur regard personne ne trouve grâce, même pas ces victimes qui méritent, pourtant, notre compassion.

 

 

 

 

9782021022513

 

 

 

 

Lire l'article ICI

 

Une histoire autrichienne écrite au scalpel

(Titre de la rédaction de Sud-Ouest)

 

 

Ça n'a pas manqué, hier soir encore, dans les salons de la librairie Mollat : on demande toujours à Régis Jauffret ce qui est vrai et ce qui est faux dans « Claustria », le glacial récit qu'il livre au Seuil de l'affaire Joseph Fritzl, ce père de famille autrichien qui enferma pendant 24 ans sa fille dans une cave pour la violer et lui faire des enfants. Réponse de l'écrivain : « C'est vrai parce que c'est un roman : il y a eu des milliers de reportage sur cette affaire mais, quand vous avez un document sous les yeux, vous réagissez, vous ne réfléchissez pas. Imaginer, en revanche, c'est penser. Le roman permet de pénétrer les choses, c'est en cela qu'il est révolutionnaire ».

Quand il a entendu l'atroce fait divers, en 2008, à la radio, Régis Jauffret s'y est intéressé non par morbide fascination mais parce qu'il y a vu une moderne caverne de Platon. Les enfants de la cave ne connaissaient du monde extérieur que ce que racontait la télévision. Un reflet du réel en guise de sensation des choses. « S'il n'y avait pas eu la télé, je n'aurai pas fait de livre » dit-il. Il est tout de même allé en Autriche, a visité la cave et la maison, interrogé des gens, assisté au procès liquidé en trois jours et demi… Mais il n'a jamais relu ses notes. La réflexion lui a tenu lieu d'enquête. Ce qui lui a permis de s'apercevoir que, contrairement à ce que tout le monde disait, le lieu de cette séquestration au long cours n'était ni bétonné ni insonorisé. Et donc que la femme de Fritzl comme ses locataires entendaient forcément de la vie là-dessous. Et des cris.

L'Autriche en question

Et pourtant, ni la femme ni les voisins n'ont été entendus par la police. Comme s'il fallait liquider l'affaire au plus vite. L'Autriche, où l'inceste est puni de trois ans de prison au point que, pour l'envoyer en prison à vie, il a fallu inventer d'autres chefs d'inculpation au père d'Élisabeth (Angelika dans le livre). « C'est quand même le seul pays au monde où les écrivains écrivent contre leur pays », résume l'auteur, qui fait allusion à Elfriede Jelinek et à Thomas Bernard. Il n'empêche qu'un éditeur autrichien a acquis les droits de « Claustria ». Et que Régis Jauffret est passé au JT alors que le livre n'a pas encore été traduit. « Sauf qu'il y a une loi apparemment nouvelle, à croire qu'elle a été faite juste pour moi, qui dit qu'on n'a plus le droit de montrer la maison ni de nommer Fritzl. On peut juste l'appeler Joseph F. alors qu'on peut très bien dire « Adolf Hitler. » Il est vrai qu'ils n'ont pas de chance avec leurs célébrités, dans ce pays »

La rédaction de « Claustria », qui pèse ses 500 pages d'effroi dans une écriture d'une implacable densité, a sûrement été une épreuve. La lecture aussi, Régis Jauffret dut-il s'en étonner. « Mais c'est que la littérature a forcément partie liée au scandale. Mauriac était scandaleux. Proust aussi. Sinon, les romans français ce sont des histoires de square, d'amants qui passent ou de concierge ayant adopté un hérisson ». Très peu pour lui, qui fouille nos plaies au scalpel.

Catherine Darfay

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