Je vous propose quelques impressions de mes voyages et visites, illustrées par mes photographies. Avec pour toile de fond : l'Histoire.
4 Octobre 2015
Nous sommes le 1er décembre 2005 ... il ne fait pas chaud ce jour-là ! Mais bon ma mission ne m'entraîne pas non plus aux Maldives ! Vous serez sans doute étonnés : le JM de l'époque ne faisait pas des photos terribles ! J'avais juste un EOS 50, un des derniers argentiques : et je n'ai pas pour l'instant les tirages papier près de moi, je ne peux donc pas les scanner. Il me reste donc quelques photos prises avec mon premier APN un Nikon Coolpix 990.
Cette journée va nous entraîner vers les étangs de Zatcany et sur une première mission, disons plutôt ce qui va devenir mon obsession : localiser le lieu d'un combat entre un groupe de gendarmes de la force publique et des cosaques. J'ai des noms ... et je sais simplement que ce combat a eu lieu quelques jours après la bataille, le 8 décembre 1805. Ce petit dossier m'a été confié par mon premier commandant de compagnie en Gendarmerie, devenu en fin de carrière patron de la Délégation au Patrimoine Gendarmerie. Le général Y-A Quentel. Il a eu ces paroles... "j'ai des chercheurs qui ne trouvent pas toujours, vous, vous êtes un enquêteur ! donc condamné à trouver et à identifier !"
Je me suis dit "Tu n'es pas dans la m....de !"
"Nous sommes au début de l’après-midi du 2 décembre 1805. Le mouvement sur les arrières du corps de Soult est en plein développement. Alors que la division Saint Hilaire, descendant du plateau de Pratzen opère un mouvement vers l’Ouest en direction de Sokolnitz (Sokolnice) et du Golbach, la division Vandamme perce plein Sud en direction d’Augezd, couvrant le flanc de la division sœur contre une éventuelle action des colonnes russes de Buxhöwden. Après avoir atteint la chapelle Saint Antoine en limite Sud du plateau, l’artillerie de la Garde Impériale pilonne Augezd. Puis ce sont les fantassins des 4ème, 24ème légers et du 28ème de ligne qui partent à l’assaut du village. Ces trois régiments sont bientôt appuyés par les 46 et 57èmes de ligne de la brigade Candras. Sous la poussée les Russes se replient en désordre vers le Sud, vers les étangs. Plusieurs unités traversent l’étendue glacée. Mais la glace se rompt sous le poids des chevaux et des pièces d’artillerie, et de nombreux soldats tombent à l’eau. Le 30ème bulletin de la Grande Armée parlera le 3 décembre 1805 de 20000 soldats russes noyés. De fait on peut penser que plusieurs centaines d’hommes ont dû se trouver jetés à l’eau brutalement. Quelques dizaines ont dû s’y noyer : les étangs qui servaient de réserve piscicole n’étaient pas assez profonds pour ensevelir de tels effectifs. Plus tard peu de corps seront retrouvés. Aujourd’hui, et depuis longtemps, les étangs ont été asséchés. Mais on distingue toujours très bien cette zone puisque les routes sont en surplomb telle des digues."
Extrait du carnet de voyage
Il faut noter tout de même que les étangs seront dragués dans le but de rechercher les victimes, enfin à l'époque ! on en n'était pas aux cellules de soutien psychologique ! Bien entendu. Il fallait surtout récupérer les pièces d'artillerie. Quand vous passez place Vendôme ... ça sent encore le poisson, non ?
"Nous allons au Santon (nom inspiré de celui d’une colline semblable rencontrée par les soldats de Bonaparte durant la campagne d’Egypte). Il s’agit de la petite colline située au Nord du champ de bataille en bordure de la route joignant Brno à Olomouc. Une petite chapelle dédiée à la Vierge est implantée à son sommet. Durant la bataille, ce point élevé du paysage dominant le village de Tvarozna, fut occupé par le 17ème léger et dix huit canons dont les feux balayaient la direction d’Olomouc. La chapelle de l’époque fut détruite et servit pour fortifier les emplacements, elle fut reconstruite à l’identique en 1832. C’est là que le général Valhubert fut mortellement blessé par un boulet."
Extrait du carnet de voyage
"On ne peut pas oublier d’aller à Stara Posta qui servit d’hôpital lors de la bataille et accueillit Napoléon, Lannes, Murat et Soult à la veille de la bataille. Aujourd’hui c’est un Musée et une hôtellerie qui accueillent des reconstitueurs français."
Extrait du carnet de voyage
On croise des choses curieuses... certains disent que c'est de mauvais goût, personnellement je trouve que c'est une manière judicieuse et humoristique de camoufler des installations disgracieuses !
"Je réfléchis et me dis qu'il ne faut pas laisser passer une telle occasion : c'est le jour qu'il nous faut pour parcourir l'axe de poursuite ordonnée par Napoléon le 3 décembre (12 frimaire). Napoléon donne l'ordre au Maréchal Bernadotte, sous la signature du Maréchal Berthier, de «poursuivre l'ennemi sur la route d'Austerlitz à Goeding». Mais revenons à nos gendarmes tout d'abord pour lesquels nous avons effectué ce voyage. Reprenons la lecture de l'ordre général du Maréchal Moncey, premier inspecteur général, daté du 25 février 1806. Je cite «Les gendarmes de la force publique de l'armée de Hanovre, faisant partie de la garnison de Hamelt, se sont aussi montrés d'une manière distinguée. Le 17 frimaire (8 décembre), soixante cosaques au moins chargèrent un brigadier et quatre gendarmes. Ceux-ci firent une vigoureuse résistance et contribuèrent à repousser les assaillants, qui se sont retirés avec perte de plusieurs morts. Le brigadier Genin et le gendarme Déricouart furent percés de plusieurs coups de lance et restèrent sur place. Un troisième gendarme, Dispas, a été blessé.»"
Extrait du carnet de voyage
"Qu'a-t-il pu se passer ce 8 décembre ? Il n'y a pas de place pour les spéculations…. Nous savons qu'à cette date les forces lancées à la poursuite des austro-russes avaient atteint Hodonin (Goeding), ville implantée sur la March, et surtout que les armistices avaient été signés avec les Autrichiens puis les Russes.
Cette patrouille de gendarmes a dû être surprise par un fort parti de cosaques débandés. Nous avons pris la route d'Austerlitz à Goeding, après Bernadotte et sa prévôté, obéissant à l'ordre de l'Empereur. Après quelques kilomètres nous atteignons une zone «montagneuse», un paysage ressemblant assez aux Vosges, nous passons un col, la route est fortement verglacée, les résineux sont givrés. Nous avons quitté le plateau de la Moravie pour une région un peu plus accidentée qui nous conduit vers la Slovaquie."
"Une route en lacets nous fait atteindre Zarosice. Puis nous remontons sur un plateau recouvert de vignes. L'endroit semble abandonné. L'imagination se laisse aller dans le froid vif (- 9 ° c) et sous les rayons d'un soleil qui poursuit sa descente vers l'Ouest. Et si c'était au détour de ce carrefour que le mauvais sort aurait fixé ce rendez-vous entre nos gendarmes patrouillant, comme on l'imagine, et ces cosaques laissés à eux-mêmes, vivant sur le pays. Etaient-ils même soixante ? Ce nombre paraît bien important pour deux raisons : la première, les valeureux cosaques ont souffert lors de la bataille ; la seconde : soixante cosaques ne passent pas inaperçus dans un paysage entièrement acquis en principe à l'ennemi ! Qui étaient-ils ces cosaques ? Je me garderai bien de me prononcer car au jour de rédaction de cet article, plusieurs hypothèses sont offertes. La plus séduisante est que ces cosaques auraient pu prendre rang dans l'ordre de bataille du corps de cavalerie austro-russe du prince Jean de Liechtenstein. Mais je laisse la fenêtre ouverte sur toutes les hypothèses et réclame l'indulgence des érudits qui apporteront une réponse documentée à cette interrogation. Le corps de cavalerie de Jean de Liechtenstein comptait dans son ordre de bataille la brigade Essen qui alignait vingt six escadrons de cosaques. Pour mon accompagnateur et moi-même ce qui est essentiel, à défaut d'avoir trouvé une trace patente de ce combat, c'est d'avoir entrevu des paysages qui, il y a deux cents ans avaient été traversés par nos prédécesseurs de la force publique du 1er corps du Maréchal Bernadotte, c’est d’avoir pu nous adresser à leurs ombres au carrefour de Cesjc peu avant Hodonin. A Cesjc, alors qu’un épais brouillard tombe, nous reprenons la route de l’Ouest en direction de notre base de départ en Autriche. Il est inutile de poursuivre nos recherches …. Sans nul doute nous reviendrons bientôt dans cette région. Nous rejoignons Herrnbaumgarten presqu’en aveugles. Nous avons du travail en cette fin d’après-midi. Nos hôtes nous attendent pour nous faire visiter leurs caves et goûter à leur production. Nous avons accepté l’offre avec curiosité et disons-le avec gourmandise mais aussi modération ! Nous allons dîner à Poysdorf et revenons pour poursuivre la rédaction de notre centaine de cartes postales : demain il faudra les poster à Prace pour qu’elles soient datées du 2 décembre !"
Extrait du carnet de voyage